Témoignage

Le plus français des brésiliens nous parle de sa passion pour les vins de Bourgogne.

Dario est brésilien et habite près de Rio de Janeiro. Il est aussi un fin connaisseur des vins de Bourgogne. Nous l’avions rencontré en 1999 lors d’un cours d’œnologie à Beaune. 20 ans plus tard et après de nombreuses dégustations et cours d’oenologie, il nous parle de sa passion pour les vins de Bourgogne.  
 
Sensation Vin : Pourquoi êtes-vous venu en Bourgogne ?
Dario : Je suis venu en Bourgogne à cause d’un nom. C’était en 1995. Je suis tombé sur le nom d’une bouteille qui m’a énormément attiré : Gevrey-Chambertin. J’ai trouvé ce nom tellement beau que je l’ai acheté pour le goûter. Après, j’ai voulu connaître où il était fait. C’est pour ça que j’ai décidé de venir en 1996 pour la première fois. En arrivant ici, j’ai eu la chance de voir que la Côte est vraiment dorée. Les feuilles étaient toutes dorées et je suis tombé amoureux de la Bourgogne. J’ai déjà connu tous les grands vignobles de France et il n’y a rien de pareil à la Bourgogne. C’est un mystère éternel.
 
SV : Vous venez ici tous les ans, parfois même deux fois par an ?
D : Oui, l’amour pour les vins de Bourgogne était tellement intense, qu’il y a certaines années où je suis venu trois fois. J’ai profité de mes voyages en France pour traverser la Bourgogne à chaque fois. C’était un prétexte pour revoir mes amis et mes vignobles.
 
SV : Trouvez-vous que les vins ont changé, des années 1990 à aujourd’hui ?
D : Le style a un peu changé par rapport à certains crus. Par exemple, le Meursault. Le Meursault était un peu lourd. Mais, maintenant, ils ne font plus de bâtonnage. Le vin est plus élégant, plus minéral.
Le goût du consommateur aussi a changé et il a fallu suivre l’évolution du goût pour mieux vendre le vin de Bourgogne.
Mais, en général, le style en Bourgogne est toujours le même. Sauf avec quelques millésimes spéciaux comme 2003, à cause de la canicule. Mais, en général, le vin me laisse le même souvenir. C’est pour ça qu’à chaque fois que j’ouvre une bouteille de Bourgogne au Brésil, j’ai l’impression d’être ici. Ça me donne de la nostalgie.
La différence aussi est que je suis monté en gamme. Au départ, nous achetions des vins au marché, à cause du nom : on voulait essayer un nom. Il y avait tant de noms. La première chose à apprendre en Bourgogne, c’est comment déchiffrer une étiquette. C’est ce que vous apprenez dans vos cours d’oenologie à Sensation Vin. Mais, au fur et à mesure que j’approfondissais mes connaissances sur les vins de Bourgogne, j’ai commencé à choisir, à élire les grands producteurs. Aujourd’hui, j’ai mes producteurs préférés.
 
SV: Justement, quels sont vos propriétaires préférés ? Est-ce que ce sont les mêmes qu’il y a 20 ans ?
D : Non, bien sûr que non. Mais, c’est une question qui n’a pas de réponse précise. Je me souviens d’un grand écrivain portugais José Saramago qui disait qu’il y a certains endroits pour lesquels tu ne dois jamais dire que tu les connais, au plus que tu y es allé. En outre, j’ai appris une chose que l’un des fondateurs de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin, Camille Rodier a dit dans les années 30. Il a dit une chose que je n’ai jamais oubliée : « il n’existe pas de grands vins, il n’existe que des grandes bouteilles ». Parfois, on gaspille une quantité énorme d’argent dans un vin très prestigieux, et on a la malchance de l’ouvrir au mauvais moment. Ça ne vaut rien.
Par contre, un vin moins prestigieux, si on l’ouvre avec des grands amis, dans un moment de joie, c’est le meilleur vin du monde. C’est pour ça que je n’ose pas dire qu’il y a un meilleur vin. Il y a les vins bus au meilleur moment.
 
SV : Quel est votre meilleur souvenir pour un vin blanc ? Quel est votre meilleur souvenir pour un rouge ?
D : il y a deux vins qui m’ont marqué comme du fer. Le Musigny et le Montrachet. Le Musigny était un millésime 2001 de Jacques Prieur et le Montrachet un 2004 aussi de Jacques Prieur.
Je me souviens avoir reconnu à l’aveugle le Montrachet par élimination. C’était tellement bon, je n’avais jamais bu un vin pareil. Ça ne pouvait être qu’un Montrachet. C’était incontournable. Comme disait Alexandre Dumas, c’est un vin à boire « à genoux et tête découverte ». Il avait raison.
 
SV : Y a-t-il quelque chose que vous n’avez pas encore fait en Bourgogne ? ou un vin que vous n’avez pas encore dégusté ?
D : La plupart des choses. Il me faudrait au moins 10 réincarnations pour connaître la Bourgogne. Personne ne connaît la Bourgogne. Si quelqu’un te dit qu’il est un grand connaisseur de la Bourgogne, c’est un menteur. A chaque fois que je reviens en Bourgogne, j’ai une surprise. Je ne cherche pas à boire les vins très prestigieux parce que je n’en ai pas besoin. La Bourgogne est un état d’esprit. Être ici, c’est déjà suffisant pour moi. Je n’ai pas de désir spécial pour tel ou tel vin. J’ai juste envie d’être avec mes amis bourguignons. Peu importe la bouteille, cela est secondaire.
 
SV : Vous êtes un passionné des vins de Bourgogne, mais vous adorez partager cette passion ?
D : Oui, j’ai invité beaucoup d’amis, parce qu’ici c’est mon royaume, c’est mon paradis sur terre. Le vin est une boisson conviviale. On n’aime pas boire tout seul. Je suis toujours ivre de bonheur quand je suis en Bourgogne. Mais je veux partager ce plaisir avec tous mes copains qui aiment les vins aussi. Je conseille à tous de venir ici et de tomber amoureux de la Bourgogne. C’est un lieu magique dont la connaissance ne finit jamais. A chaque fois que je pars d’ici, depuis 25 ans, je reviens avec plus de soif de connaissances.
 
SV : Vous êtes passionné en général par la France, la langue française, l’histoire ?
D : Oui, la France est une passion. J’ai l’habitude de dire que mon corps est brésilien mais que mon cœur est français. C’est un choix personnel qui m’a amené à apprendre la langue avec ensuite le désir d’étudier plus profondément : son histoire, les habitudes, les règles de vie…
J’ai toujours eu le désir de devenir français, au moins à moitié, parce que je comprends très bien l’esprit du Français.
Il y a un monde de francophiles, surtout à paris. Être parisien est un état d’esprit. Partout dans le monde, tu verras des vrais parisiens qui ne sont pas français, mais qui aiment la France et gardent le pays dans leur cœur. La diversité de culture en France est énorme, c’est un pays très accueillant, petit par rapport au Brésil. C’est facile de se déplacer et j’ai eu l’honneur de connaître la plupart de la France. C’est ma passion.
 
SV : Si vous aviez un conseil ou quelques conseils à donner aux bourguignons ?
D : Moins chers les vins. (rires)
Baissez le prix des vins parce que ce sont les vins les plus chers de la France ! Partout, je trouve du bon vin, moins cher qu’en Bourgogne. Les Bourgognes sont plus chers que les autres mais ils méritent chaque centime. Je ne résiste pas au plaisir d’acheter de bonnes bouteilles dans mon budget. Mais, Il faut savoir chez qui tu achètes les bouteilles parce qu’il y a de très bons vins à 20€. Tu n’as pas besoin de casser la tirelire pour le plaisir d’un Bourgogne.
 
SV : Autre chose ?
D : Pour finir, je veux dire que les gens, ici en Bourgogne, sont tellement accueillants, que je me suis nommé « Le roi de Beaune ». Je suis toujours reçu comme un roi ici et je me sens comme tel. Je garde mes amis dans le cœur. Quand je suis au travail, je rêve de revenir en Bourgogne pour revoir mes amis, manger, boire et me balader à travers les vignobles.
C’est tout. Je vous invite tous à venir en Bourgogne.
 
Dario est brésilien et nous livre son témoignage au sujet des vins de Bourgogne.
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